Parcours

« Parcours » c’est le thème et le  titre du nouveau spectacle de Scenic  Adventure. Comme pour le spectacle précédent, Scenic VI  accordera une place privilégiée au mouvement et à la danse, qui dans un premier temps seront des outils précieux pour la remise en forme de notre équipe.  La danse est une  activité très complète : elle participe à la fois du sports et de l’art.  A l’opposé de certains sports qui privilégient, isolent ou développent telle ou telle partie du corps, elle les met en œuvre, les développe et les coordonne toutes. On la perçoit souvent comme ludique, décorative, mais elle peut être profonde, exaltante, exaltée, cathartique, élévatrice,  et elle peut représenter  tous les aspects de notre monde et toutes  les émotions humaines. Elle est d’une part,  une activité individuelle et d’autre part, elle met en œuvre les règles de  l’activité collective : relation aux autres, responsabilité face au groupe, précision, rigueur et exigence vis-à-vis de soi-même et des autres pour le bien du groupe.  Elle se nourrit de tous les rythmes, de tous les sons, de toutes les musiques, mais cela  va aussi dans l’autre  sens, car elle peut également inspirer toutes les formes et espaces sonores. Elle est un moyen d’ouverture du corps, au sens propre et figuré, également de l’esprit, tout en étant  un moyen d’expression souvent plus direct que les mots, ce qui a fait dire à certains que «  avec les mots on peut mentir, pas avec le corps ». Mais il est évident que notre spectacle aura besoin de mots !

En attendant que des textes surgissent, les deux premiers mois du module artistique seront donc consacrés à un entraînement physique, à l’expression corporelle, et à la création de chorégraphies ou de petites séquences de mouvements qui seront par la suite des éléments du spectacle. Le théâtre ne sera cependant pas négligé, car nous entraînerons déjà les relations corps-voix et corps-texte avec la méthode Rudolf Laban et nous ferons des exercices « d’Induction » à partir de coupures de journaux et de textes d’auteurs. Des textes ont déjà été écrits par les stagiaires, mais l’atelier d’écriture qui aura lieu prochainement aidera à stimuler d’autres productions et à les mettre sous  forme, de monologue, de dialogue, de sketch, de rap, de slam ou de chanson.

Il n’y a pas de scénario ou de pièce écrite à priori, mais il y a des idées, des intuitions, des pistes, et déjà  des formes surgissent, des mots, des images, des sons, avec leurs énergies, leur vies propres ; des relations se nouent, et se noueront de plus en plus au gré des  des rencontres, des chocs ou des correspondances.

Dans notre cas, un titre, en l’occurrence «  Parcours », cela définit certes  un contenu, mais c’est surtout un prétexte au rassemblement, une occasion de s’exprimer. Et au fond, autour de ce seul vocable on peut parler d’énormément de choses.…

Un spectacle, c’est toujours un rêve, un voyage. Cette fois, c’est le  rêve d’un voyage à la fois réel et imaginaire. Réel,  semble-t-il,  car chacun arrivera  sur le « quai »de la scène avec une valise plus ou moins grande, plus ou moins fantaisiste,  scène qui sera entièrement vide, nue, juste parsemée de quelques malles et de deux plateformes mobiles. Nous sommes tous des voyageurs, avec plus ou moins de bagages, des parcours de vie différents, des accidents de parcours différents, des destinées, des désirs différents, des échecs, des réussites, voire des casseroles.

Affublé d’un costume de départ commun, une veste, pour renforcer encore cette idée de voyage, et suggérer que  nous partirons ensemble pour une heure ou plus sans interruption et sans sortir du plateau.  Et c’est à partir de  là que le thème « parcours » pourra se préciser,  se déployer, se transformer, s’envoler vers l’imaginaire et que l’on pourra aussi exprimer collectivement et individuellement, des moments, des sensations, des couleurs du voyage, des états du parcours  intérieur ou  extérieur : les attentes, les  espoirs, les exaltations, les peurs, les étapes, les haltes, les rencontres, les obstacles, les accidents, les surprises, les folies, les crises, les ruptures, les élans, les doutes, etc. Ces moments seront  également confrontés aux éléments, comme dans un voyage réel : la terre, l’eau, le feu, l’air, et pour ceux qui ont envie, l’éther…qui est le cinquième élément dont parlent les grecs anciens et certaines cultures.

Comme à l’accoutumé,  les stagiaires sont répartis en quatre ateliers. Les consignes et les propositions suivantes ont été exprimées : certaines peuvent paraître contraignantes dans un premier temps, mais elles deviendront vite des tremplins. On ne doit pas oublier qu’il n’y a pas de vraie liberté, sans un minimum de contraintes, en particulier dans la création artistique.

-L’atelier « décors et accessoires » sera  occupé à récupérer, réparer, renforcer et à customiser des malles et des valises. Il devra également fabriquer deux plateformes sur roulettes.  Les possibilités des malles, des valises ainsi que celles des deux plateformes seront exploitées individuellement, mais ces objets seront également utilisés ensemble pour créer des structures, des espaces et des niveaux différents.

-Pour l’atelier stylisme, la relation avec le thème de base, ne pose pas de problème, puisque le costume de base choisi est relativement classique ; mais notre voyage pourra être parsemé de rencontres avec toutes sortes de formes, de personnages allégoriques, mythologiques ou imaginaires qu’il faudra  habiller. Cet atelier sera également chargé de la fabrication d’une grande voile qui pourra elle aussi être customisée, pour servir à suggérer la navigation, mais aussi l’océan, un cordage, une tente, une surface de séparation, voire la ou les robes de personnages  allégoriques ou mythologiques, etc.

-L’atelier «  Multimédia » sera en charge de créer les éléments  visuels projetés du spectacle : vidéos, images, animations, etc : des espaces, des séquences réels ou oniriques, naturels, abstraits ou mixtes, puisque, en plus du thème « Parcours », les quatre éléments ont été ajoutés dans le but de donner plus de matière aux imaginations. Le mouvement et la transformation de l’image seront privilégiés. Les projections se feront sur un « cyclo » traditionnel occupant tout le fond de scène. Les images seront projetées sur tout ou une partie de l’écran ou se déplaceront sur celui-ci.

-L’atelier musique créera, recréera  les musiques qui accompagneront les chorégraphies et en proposera d’autres qui pourront inspirer d’autres séquences. Il sera également mis à contribution pour la bande-son, « décor sonore » qui sous-tendra le spectacle dans son entièreté. Les morceaux et atmosphères seront également, le plus souvent possible, nourris ou inspirés par des sons en relation avec les quatre éléments. Terre : craquement, tremblement, grondement, percussions sur le sol, chutes d’objets, cailloux, rochers, avalanches, bruit de marches sur différents sols, etc. Eau : océan, cascade, pluie, torrent, goutte d’eau, orage, etc.  Feu, crépitements, incendies, volcans, explosions, éclairs, etc. Air : vent, bise, tempête, tornade. Les bruits, les sons  des moyens de locomotion en relation avec ces éléments ainsi que les sonorités des éléments pourront aussi être utilisés comme couche d’une « nappe » ou comme « sample ».

Une aventure théâtrale est toujours une ouverture vers l’inconnu, c’est une prise de risque, pour tout le monde, comme dans une entreprise qui a pour vocation la création,  qu’elle ait pour objet, la production de biens de consommation, la mode, la science, la médecine. Il faut chercher, inventer, accepter de se tromper, de douter, de se perdre momentanément, mais ne pas se décourager. Cela sous-entend bien entendu, comme toujours dans la vie, des moments de grâce, de clarté, de joie, d’euphorie, mais aussi d’autres, d’obscurité, voire de galère.

Comme pour les grandes navigations d’une autre époque, il faut avoir un but, mais ce but n’a pas forcément une destination clairement décrite et connue à l’avance ; il faut retrouver le goût de l’expérimentation, de l’aventure, de la découverte. Pour mettre toutes les chances de réussir de son côté,  il faut aussi une direction et une équipe solides, bienveillantes mais exigeantes, qui orientent et maintiennent le cap, qui font circuler  les informations, gèrent les initiatives, les compétences, les relations et prennent les décisions finales. Tout cela ne peut se faire également que si nous acceptons de nous ouvrir aux autres, de sortir de notre petit monde, de nos égos, de nous donner, de  refléter, nous refléter et nous refléter les uns les autres : avoir confiance aux autres et  retrouver la confiance en soi, ce qui est au fond les deux faces de la même médaille.

Nous nous réjouissons  de découvrir tous ensemble les premières créations lors de la première plénière  le 22 décembre prochain !!!

Alain Louafi et Emilie Delbée

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