Premières impressions de voyage

Les thèmes et le titre de Scenic V, « A cœur ouvert », sont vastes et vertigineux comme l’univers. Vastes comme les possibilités que chaque être humain porte en lui. Si les thèmes sont axés sur la relation entre l’homme et le cosmos, et entre l’homme et lui-même, c’est que tout est lié, relié : « ce qui est ici est ailleurs, et ce qui n’est pas ici n’est nulle part… ».

Ces relations entre soi et le macrocosme, entre soi et le microcosme sont d’une brûlante actualité : notre comportement vis-à-vis de notre planète, notre existence, notre équilibre, dépendent de la manière dont nous les envisageons.

« A cœur ouvert », c’est le titre de notre spectacle. Un titre un peu bateau ou pas très tendance… mais universel ! Et puis qu’est-ce qu’un titre ? Une définition ? Une désignation ? Un contenant ? Un lapsus ? Une vibration ? Un pavé dans la mare ? Une bouteille à la mer ? Dans notre cas, plutôt juste une orientation et un miroir : «  à cœur ouvert », c’est  s’orienter vers l’ouverture, de soi, aux autres ; vers plus de connaissance de soi, des autres, de la vie ; vers notre centre, notre origine commune, vers la découverte, l’amour, l’espoir ! C’est aussi se refléter, nous refléter et nous refléter les uns les autres.

Monter un spectacle, c’est aussi rêver ;  c’est un peu : « se monter un bateau », dans lequel il faudra monter ; c’est partir… et… faire confiance, à soi, aux autres et … à l’inconnu. C’est accepter aussi d’affronter quelques tempêtes ! C’est aussi comme disait  Prévert : peindre d’abord une cage, avec une porte ouverte… et puis attendre que l’oiseau arrive…

On dit souvent que pour connaître le monde, il faut se connaître soi-même, et que pour changer le monde, il faut commencer par se changer soi-même ! Se connaître soi-même, c’est aussi connaître, reconnaître son corps. C’est par cela que nous avons commencé : par animer, visiter les corps, réveiller nos énergies, par le mouvement et par la danse.

Module artistique : origine latine du mot module : modulus, de modus, qui indique la cadence, la mesure…

Il paraît qu’une pulsation précède l’apparition du cœur dans un œuf fécondé. Les savants parlent d’un Big Bang à l’origine de ce monde. A nous de trouver les pulsations, les rythmes, les sonorités, les vibrations, les mélodies qui nous animeront, qui exalteront, nos corps et nos cœurs… musiciens de l’atelier MAO, c’est à vous !

Il faut être sûr que l’image d’un tel spectacle existe quelque part, c’est aussi cela cette mise en scène ! C’est comme rassembler les pièces d’un puzzle pour recréer une image imprimée avec des encres invisibles, à l’œil nu… à la raison… C’est  aussi faire appel à d’autres forces, à celle de l’imagination, de la fantaisie, de l’intuition et ne pas avoir peur des assemblages et des correspondances inouïes ! Le choc, l’entre choc, le vertige mais aussi la beauté des images, c’est ce que nous prépare l’atelier multimédia.

Découvrir qui on est, de quoi on est fait, ce qui nous anime, ce qui nous arrive, ce que  « l’on a dans le ventre », ou « sur le cœur », c’est aussi ça le théâtre ! Il faudra d’abord l’écrire, puis le dire, voire le crier, le chanter, parfois et même souvent…en rire. Cela se fera donc sous forme de monologue, de dialogue, de sketch, de rap, de slam, ou de chanson. Et celle, celui qui prend la parole peut être elle, lui, une autre, un autre… une rose, une étoile, une cellule, une libellule, un ovule, un neurone, etc… C’est parfois en donnant la parole à autre chose ou à quelqu’un d’autre que l’on s’exprime le plus facilement et le plus justement. Des textes ont déjà été écrits ; d’autres sont en préparation.

Sous notre peau certes, mais aussi sur notre peau : « au théâtre, l’habit fait parfois le moine… ». Passer le cap de la fonctionnalité, qu’est-ce que s’habiller ? C’est aussi se métamorphoser, se déguiser pour s’amuser, jouer, se cacher ; transcender la chair, la magnifier, l’embellir. S’habiller, se voiler, pour mieux se dévoiler, par pudeur mais aussi pour se révéler ou tout simplement pour plaire, séduire. A l’atelier stylisme, les rêves s’envolent  et se parent de formes, de couleurs, de matières, de textures.

La danse génère son propre espace ; les corps deviennent énergie, sculptures ou formations vivantes. Le temps sur lequel elle s’appuie, lui est presque toujours donné par le rythme et la musique. Le théâtre, par contre, génère son propre temps, la musique ne le structure pas. Mais l’espace dans lequel il évolue se doit d’être clair même s’il n’est pas réaliste. Organiser l’espace scénique, c’est la tâche de l’atelier déco. Nous n’aurons pas de décor. Nous évoluerons dans un espace ouvert et vide ; les murs seront à nu, à vif pourrait-on dire, comme les cœurs … Il n’y aura pas de rideau de fond, de pendrillons. Tous les changements se feront à vue car toute l’équipe sera sur scène pendant toute la durée du spectacle. Des chaises, les costumes et les accessoires seront disposés de chaque côté de la scène. Le seul élément de décor n’est que fonctionnel, même s’il peut être perçu comme abstrait, voire symbolique : au centre de la scène, un écran circulaire sur lequel seront projetés les images et les vidéos. Quelques objets fonctionnels ou modulables, des masques, sont déjà à l’étude, (en particulier un télescope-microscope, des parties du corps en carton, en expansé, etc). Et d’autres sont laissés à la libre fantaisie des jeunes.

Nous nous réjouissons de découvrir les premières créations lors de la première plénière le 23 décembre prochain !!!

Alain Louafi et Géraldine Egel.